Lundi 7 septembre 1 07 /09 /Sep 23:33

Eva JOLY, Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?,
Folio Documents, Les Arènes, 2004, 269 pages

 

L’Auteur :

 

Née en 1943, Eva JOLY a la double nationalité franco-norvégienne. En effet, originaire de ce pays nordique, elle est arrivée en France à sa majorité en tant que jeune fille au pair. Elle entre dans la magistrature vingt ans plus tard, d’abord en tant que substitut du procureur puis, après avoir occupé différents postes, elle est nommée juge d’instruction au pôle financier du Palais de Justice de Paris. Elle a écrit différents ouvrages en français comme en norvégien : Notre affaire à tous (2003), La force qui nous manque (2007)…

 

L’ouvrage :

 

            La préface de ce livre, signée par Eva JOLY elle-même, résume ce qu’elle y développe : un plaidoyer en faveur de la lutte contre la corruption.

L’ancienne juge d’instruction commence par raconter l’affaire Elf telle qu’elle l’a vécue, i.e. dans la position qui a été la sienne pendant les six ans qu’a duré l’instruction, celle d’enquêtrice. Elle ne donne pas de détails particuliers de l’affaire qui n’ont pas été publiés dans les médias mais donne son point de vue sur le déroulement de l’instruction, sur l’attitude des témoins qu’elle a entendus, sur les types de documents qu’elle a trouvés, sur les liens existant entre les hommes politiques français, les dictateurs de certains pays étrangers et les dirigeants de grandes entreprises, sur la corruption généralisée et massive sévissant en France.

Elle revient beaucoup sur les menaces qui ont pesé sur les témoins qu’elle a entendus mais aussi sur elle-même. Il faut noter que cet ouvrage débute par une liste de ceux ayant « payé de leur vie le refus de la corruption », et qu’il leur est dédié. Eva JOLY raconte comment elle a été accostée par des individus semblant bien sous tous rapports mais qui la mettaient froidement en garde contre l’enquête qu’elle menait. Elle dénonce l’implication des services secrets des grandes puissances dans les affaires de corruption et la menace qu’ils représentent pour ceux qui, comme elle, cherchent à faire toute la lumière sur ces affaires. Elle décrit les voitures aux fausses plaques d’immatriculation tournant autour de son domicile, les intimidations multiples dont elle a été la victime, les écoutes téléphoniques effectuées jusque dans son bureau du Palais de Justice, et la nécessaire et lourde protection policière dont elle a fait l’objet, qui en a découlé, et qui a fait beaucoup jaser au Palais de Justice de Paris.

Eva JOLY raconte les difficultés qu’elle a rencontrées au cours de son enquête, les grains de sable mis dans tous les rouages de son instruction par l’administration, les pressions qu’elle a subies de la part des puissants de France. Elle décrit sa délicate posture entre la hiérarchie judiciaire proche du pouvoir politique et qui ne lui facilite donc pas la tache, le travail harassant qu’elle abat avec l’aide d’un puis de deux autres juges d’instruction et la pression médiatique sur une affaire mettant en cause le Président du Conseil Constitutionnel de l’époque et ancien Ministre des Affaires Etrangères, Roland Dumas, ainsi que le président d’Elf puis de la SNCF, Loïc le Floch Prigent. Des médias qu’elle dénonce comme souvent partisans, agitateurs d’une opinion prompte à cracher sur des boucs émissaires tout trouvés, et bénéficiant de fuites nuisant à son instruction car réduisant sa crédibilité. Elle écrit aussi, implicitement, sa satisfaction d’avoir mis à jour une affaire de corruption dont les sommes astronomiques sont un cas unique, et de ne pas avoir fait de faux pas ayant conduit, à coup sur, à l’arrêt de son enquête. Elle se dit épuisée par toute cette affaire et soulagée de boucler l’instruction.

La dernière partie de l’ouvrage d’Eva JOLY est plus générale, elle y traite de différents sujets. Elle raconte la suite de sa carrière après l’affaire Elf. Tout d’abord, elle sert l’Etat norvégien à un poste spécialement créé pour elle car elle est chargée de lutter contre la corruption internationale. Elle décrit le décalage existant entre les fonctionnaires chargés de rédiger les grands textes internationaux appelant à une lutte organisée contre la corruption, et la réalité, non seulement dans les pays économiquement en développement, mais aussi dans les Etats d’Europe de l’Est (Roumanie,…) et de l’Ouest (France, Italie, Espagne…).

L’ex-juge d’instruction évoque les liens entre corruption et blanchiment d’argent, mais aussi avec les dérives du capitalisme et de la mondialisation, mouvement permet aux criminels d’échapper aux lois nationales. Elle dénonce l’atteinte au contrat social et à la souveraineté nationale, démocratiquement légitimée, ainsi que la violation de l’héritage des Lumières par ceux qui se placent au-dessus des normes, en donnant de nombreux exemples, s’attriste du sentiment de fatalité éprouvée par la majorité des êtres humains quant à la corruption et accuse les pouvoirs publics de rester léthargiques face à une situation qui les dépasse.

            La solution à ce grave problème est internationale pour Eva JOLY. C’est pour cela qu’elle a écrit et co-signé la Déclaration de Paris énonçant trois principes : la transparence est le corollaire de la liberté, la mondialisation judiciaire est indispensable à la mondialisation économique, et le crime des élites est une atteinte aux intérêts supérieurs de la nation. Une déclaration reproduite à la fin du livre que le lecteur est invité à signer.

Mon Avis :

           Livre intéressant car il nous donne des éclaircissements sur l'affaire Elf d'un point de vue particulier, celui du juge d'instruction, qui ne peut que peu s'exprimer pendant le déroulement d'une affaire qu'il traite. Eva JOLY dénonce également la corruption en France, fléau qui reste élevé dans l'hexagone (cf Transparency International) malgré une évolution positive.
          On peut regretter un récit un peu décousu. L'ancienne juge d'instruction tourne parfois un peu en rond, elle ne rentre pas assez dans les détails, se limitant dans ses dénonciations pour ne pas, selon elle, violer le secret de l'instruction. Il est également nécessaire d'avoir un autre point de vue sur cette affaire car Eva JOLY livre, ici, un récit très subjectif, visible ne serait-ce que dans sa façon d'écrire.

Ma note :

12/20

Par Olivier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 29 août 5 29 /08 /Août 23:18

Victor HUGO, Le dernier jour d’un condamné, Pocket, 1829, 88 pages

 
L’Auteur :

 

Victor HUGO est né en 1802 à Besançon. Poète précoce, il s’intéresse tout d’abord aux mathématiques et suit des études dans cette matière au lycée Louis le Grand à Paris mais s’en détourne rapidement pour épouser une carrière littéraire. Après avoir créé un journal à 17 ans avec ses frères, il publie ses premiers poèmes à 19 ans. Il éclot en 1827 avec la pièce de théâtre Cromwell et crée la polémique avec Hernani en s’émancipant des contraintes d’écriture de l’époque (unités de temps et de lieu). Outre ses nombreux écrits, Victor HUGO s’est engagé en politique. D’abord monarchiste, il devient partisan de la démocratie, ses opinions sur les questions sociales sont très avancées pour l’époque. Député conservateur en 1848, il s’exile après le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Revenu en France, après la défaite de celui-ci, il décède en 1885. Ses funérailles sont nationales et suivies par des millions de personnes. Victor HUGO a écrit des pièces de théâtre (Ruy Blas, 1838…), des romans (Notre-Dame de Paris, 1831 ; Les Misérables 1862…) ou encore des poésies (Odes et ballades, 1826 ; Les Contemplations, 1856…).

 

L’Ouvrage :

 

            Le dernier jour d’un condamné constitue une arme puissante dans les mains des partisans de l’abolition de la peine de mort dont a fait partie le célèbre écrivain français. Il n’a pas été écrit par hasard, il est le fruit de l’expérience personnelle de Victor HUGO. Ce dernier est marqué par diverses applications de sentences judiciaires. Tout d’abord, il est choqué par le marquage au fer rouge d’une femme accusée du vol d’un mouchoir, puis il assiste à des préparatifs d’exécution voire à des exécutions proprement dites qui lui glacent le sang. Ce livre se veut l’expression de tous ces sentiments.

            Rédigé à la première personne du singulier, il raconte les derniers jours d’un condamné à mort, attendant son exécution. Il s’agit d’un très jeune homme, cultivé, d’origine bourgeoise, père d’une petite fille de trois ans. Coupable d’un meurtre dont aucun détail ne sera donné, il attend dans une prison parisienne le jour de son exécution. Son procès n’a pas duré, les jurés l’ont condamné à la décapitation ; ce qu’il souhaitait alors plus que les galères. Cependant, avec les jours qui défilent, les six semaines entre la fin du procès et l’exécution passant rapidement, son avis évolue. Toujours dans l’espoir d’une grâce royale, il ne veut pas mourir. Au départ considéré comme un détenu exceptionnel auquel il ne faut que rien n’arrive avant la mort légale, ses gardiens se relâchent peu à peu, il se libère de sa camisole, se promène avec les autres détenus et obtient de quoi écrire ; feuille et crayons avec lesquels il relate son supplice mental, cette attente insupportable d’une fin qui n’arrive que trop vite. Cette souffrance psychologique est, selon lui, trop ignorée des jurés qui condamnent à mort et qui ne voient les exécutés que comme des animaux écervelés menés à l’abattoir pour la juste cause. Ces jurés ignorent tout ce qu’il va perdre : la vision des arbres, du soleil, la sensation du vent…

Le condamné sait qu’il va laisser trois femmes seules, une mère et une épouse pour lesquelles il ne se fait guère de soucis car semblant peu attaché à celles-ci, et surtout une petite fille, sa petite fille, âgée de trois ans. Il imagine les moqueries des autres enfants, les difficultés qu’elle aura en grandissant courbée sous le poids d’un nom de criminel. Il accepte sa condamnation mais réfute celles de ces trois innocentes.

Un jour alors qu’il observe, depuis une cellule individuelle, les forçats en route pour les galères de Toulon, il est violemment pris à partie, depuis l’extérieur, par les autres détenus avides de sang comme l’est la population. Les cris de « condamné à mort » le font paniquer et il s’évanouit. Après plusieurs jours de soin, signe que l’Etat souhaite le tuer en bonne santé, il réintègre sa cellule. La pensée de sa mort prochaine le hante, il s’imagine sans cesse la vie post-mortem mais se remémore également les souvenirs de son enfance joyeuse, des temps où il était encore libre et insouciant. Il se demande également s’il pourra s’échapper avant l’heure fatidique, il le faut !

            La date de son exécution lui est annoncée le matin même, une dizaine d’heures avant que la guillotine ne soit actionnée et ne le sectionne. Un prêtre vient le voir, clerc qu’il n’écoute pas tant son discours est formaté et n’a déjà que trop servi avant lui. Transféré dans une autre prison, il rencontre le prochain condamné à mort, celui qui fera le même chemin six semaines plus tard, un fou qui s’amuse de savoir sa propre tête bientôt tranchée.

            Les six dernières heures du condamné sont racontées dans le détail. Pensant alternativement à sa petite fille et à une grâce de plus en plus improbable, il attend dans son cachot que le bourreau vienne le chercher. C’est d’abord la visite de son enfant qu’il reçoit ; enfant qu’il n’a pas vue depuis près de six mois, qui ne le reconnaît pas et qui repart insouciante. Le curé est toujours auprès de lui, la critique à son encontre est féroce, il ne sert à rien et ne voit dans le condamné qu’un gibet de potence comme un autre.

Le condamné pense à ceux qui l’ont succédé sur la guillotine depuis la Révolution, Louis XVI et Robespierre en particulier. Il se souvient de l’hideuse place de la Grève où est dressée la guillotine, devant l’hôtel de ville parisienne si lugubre.

            Après quelques cauchemars qui ont permis d’accélérer les dernières heures d’insupportable attente, les bourreaux lui coupent les cheveux, guillotineurs qu’il trouve doux voire sympathiques, soigneux dans leur atroce besogne. Il entend, de plus en plus, la foule qui se presse pour assister au macabre spectacle, populace égoïste et buveuse de sang, toujours en quête d’émotions ! Ces gens qui se réjouissent de son malheur prochain, qui rient à son passage, qui semblent plaindre son jeune âge mais n’attendent qu’une chose : voir sa tête tomber !

            Arriver sur l’échafaud, il se jette à genoux devant le magistrat présent et lui réclame grâce, réclame au minimum de pouvoir écrire ses dernières sensations. Le bourreau souhaite accélérer la macabre cérémonie, il veut respecter l’heure, il a peur que la machine ne se rouille sous la bruine…Les derniers sentiments du condamné sont flous, sa dernière phrase, « QUATRE HEURES », l’heure de son exécution, montre toute sa terreur !

Mon avis :

            Cet ouvrage est une véritable tribune contre la peine de mort ! Pour les abolitionnistes convaincus, il ne peut que les conforter dans leur idée. Pour ceux dont l'opinion n'est pas bien arrêtée, il les mènera certainement dans le camp des premiers. Enfin, pour les partisans de ce châtiment, Le Dernier jour d'un condamné est un outil de réflexion exceptionnel et ne peut qu'entrouvrir la porte à certains doutes quant à leur conception de la justice, certainement plus proche de la vengeance ! 
            Sans renier la responsabilité des condamnés, Victor HUGO souhaite démontrer la cruauté du meurtre légal. Il utilise pour cela plusieurs arguments toujours d'actualité surtout dans les pays non abolitionnistes. D'une part, il insiste sur la souffrance mentale infligée aux condamnés dans l'attente de leur exécution. Cette douleur est aujourd'hui considérée comme une forme de torture par de nombreuses organisations non gouvernementales oeuvrant pour l'abolition de la peine de mort mais aussi par les Etats européens. D'autre part, il rappelle que la proche famille du détenu est elle aussi touchée alors qu'elle est innocente. De plus, il évoque, implicitement, l'inefficacité de la méthode puisque les têtes à trancher se succèdent, les crimes continuent donc. En décrivant le successeur du condamné, un fou qui a commencé à voler à dix ans, HUGO insiste sur les lacunes éducatives qui mènent droit à l'échafaud. Enfin, l'écrivain relate avec mépris la soif de sang des foules pour qui les exécutions sont plus des spectacles que des exemples. Il est, une fois encore visionnaire, puisque les exécutions publiques seront abolies en 1939 après un comportement indécent de certains spectateurs lors d'une utilisation de la guillotine.
A lire absolument !

Ma note :

18/20

Par Olivier
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 12 août 2 12 /08 /Août 11:17

Louis- Ferdinand CELINE, Voyage au bout de la nuit, Folio, Gallimard, 1952, 498 pages.

 

L’Auteur :

 

Louis- Ferdinand DESTOUCHES (1894-1961), plus connu sous le nom de sa grand-mère Louis- Ferdinand CELINE, est médecin et écrivain français. Il participe à la Première Guerre Mondiale, est blessé puis décoré. Il travaille ensuite pour une compagnie de traite qui l’envoie en Afrique. Ayant écrit des pamphlets antisémites dont Bagatelles pour un massacre (1937), il critique également le régime de Vichy, les gaullistes, les communistes…Obligé de s’enfuir à la Libération, il n’est gracié qu’en 1951 et peut revenir en France après avoir passé plusieurs années au Danemark. Il a écrit des romans (Voyage au bout de la nuit, 1932 ; Nord, 1960…), des pamphlets (Mea culpa, 1936 ; L’école des cadavres, 1938…) ou encore des pièces de théâtre (L’Eglise, 1933).

 

L’ouvrage :

 

Voyage au bout de la nuit ressemble à une autobiographie romancée puisque ce livre est écrit à la première personne du singulier et qu’il décrit des lieux, évènements… que Céline a visité, vécu…(Première Guerre Mondiale, Afrique coloniale, Usine Ford à Détroit…). Cependant, il est important de rappeler qu’il ne s’agit que d’un roman dont le personnage principal se nomme Ferdinand Bardamu et dont nous suivons la vie pendant une vingtaine d’années de 1914 environ au début des années 1930.

Le langage utilisé est familier au début du roman, il va ensuite se hausser. Bardamu s’engage dans l’armée française sur un coup de tête. Il décrit alors les horreurs de la guerre, les fusillés pour l’exemple notamment, et affirme son hostilité au conflit. Il rencontre au cours d’une patrouille un personnage qui va le suivre tout au long du roman : Léon Robinson. Son attrait pour les femmes transparaît également, il s’amourache d’une jeune infirmière américaine nommée Lola qui ne comprend pas son pacifisme qu’elle prend pour des sentiments antipatriotiques. Ferdinand sort de la Grande Guerre par la petite porte en se faisant interner dans un asile, son caractère d’antihéros transparaît alors, ce manque de courage est aussi un caractère de Robinson. Bardamu critique le patriotisme exacerbé de la nation en guerre, il se moque des élans patriotiques d’un des patients de l’asile, élans qu’il perçoit comme le meilleur moyen de rester éloigner des combats et du tribunal militaire en s’attirant la sympathie du directeur des lieux, grand décideur de l’état de ses patients et de leur maintien à l’asile.

            Ferdinand fait ensuite route vers l’Afrique, bercée d’illusions, à bord d’un navire où il devient rapidement la tête de turc des autres passagers, victime de la bêtise et des pulsions animales des autres hommes libérées par la longueur de la traversée. Il réussit à se tirer de la mauvaise passe grâce à son talent d’orateur et à quelques tournées. Les images d’Epinal que Bardamu entretenaient à propos des colonies françaises s’évaporent dès qu’il pose le pied à terre. Chaleur et insectes, asservissement des indigènes et comportement des coloniaux lui sautent aux yeux. Les Noirs se prostituent, abusent d’alcool, sont montrés comme des imbéciles non civilisés…Les Blancs se moquent d’eux, les considèrent comme des esclaves. L’agressivité est la règle dans les rapports coloniaux-indigènes mais aussi entre Blancs. Arrivé dans une ville côtière, Fort-Gono, où il séjourne quelques jours, Ferdinand est ensuite muté plus en avant dans la forêt tropical malgré ses tentatives d’hospitalisation (en souvenir de sa carrière de Poilu). Il remplace un individu [qui se trouve être Robinson] qui tenait une petite boutique en pleine jungle et qui lui vole le peu d’argent qui lui était destiné et ne lui laisse que quelques boîtes de conserve de cassoulets, une cargaison de chaussettes et une cabane croulante. Buvant de la vase, malade, apeuré d’avoir à rendre compte de l’état du commerce qu’il est censé tenir, Ferdinand décide de fuir à travers la jungle et rencontre un Espagnol esseulé lui aussi qui lui indique une possession côtière espagnole. Vendu par un curé, il devient rameur sur un navire à destination des Etats-Unis, de New York plus précisément.

Mis en quarantaine comme tous les immigrants, Bardamu réussit à s’échapper, se fait paradoxalement embaucher par les services de l’immigration, s’enfuit à nouveau et découvre la ville de New York si différente de Paris, impersonnelle, aux habitants tristes. Une fois encore, les quelques espoirs qu’il avait en arrivant sont rapidement dissipés et font place à l’angoisse et la tristesse. Ayant retrouvé Lola, son amie américaine, il est embauché dans les usines Ford de Détroit où il découvre les affres du travail à la chaîne asservissant, destructeur physiquement et mentalement. Il s’acoquine d’une prostituée, la première personne réellement gentille qu’il rencontre. Toujours à la suite de Robinson qu’il sait présent aux Etats-Unis, il le retrouve dans ses minables combines qui lui permettent de survivre.

Il décide ensuite de rentrer en France où il retrouve ce qu’il a quitté. Après avoir passé le diplôme de médecin, il s’établit en banlieue parisienne, au Rancy, où la clientèle est rare et pauvre, tendance accentuée par le faible intérêt que Bardamu, sans ambition, porte à s’attacher ses patients ; il ne travaille que pour subsister. Il y rencontre les Henrouille, un couple qui cherche à se débarrasser de la mère du mari, d’abord en essayant de la faire interner dans un asile avec l’aide professionnelle de Ferdinand, sans succès, puis de la tuer avec l’aide de Robinson, sans réussite non plus. Les Henrouille sont caricaturés par Bardamu comme le couple ayant travaillé toute leur vie pour payer la dette de leur maison et qui, après l’avoir payée, ne savent pas faire autre chose. Leur vie est mesquine, sans intérêt ; ils subissent le train-train quotidien. Les autres patients de  Ferdinand sont de pauvres gens qui subissent la misère quotidienne ; le docteur se décrit souvent comme impuissant, toujours comme agissant non pour guérir mais pour avoir l’air actif et occupé vis-à-vis de la famille du malade, plus intéressé par l’argent que par la guérison de ceux qui lui sont confiés. Une fois il est touché par le cas d’un petit malade, le neveu de sa concierge âgé de sept ans, il essaie de le guérir, se renseigne auprès de collègues qui évite de donner une opinion sur ce cas désespéré, sans succès et le petit Bébert décède. Les médecins sont décrits par Bardamu comme des incapables et les plus savants d’entre eux comme des beaux parleurs.

Lors de la tentative d’assassinat contre la vieille Henrouille, Robinson est blessé aux yeux et perd alors la vue. Déprimant, soigné par les instigateurs du meurtre, il est ensuite envoyé à Toulouse avec celle qui aurait pu être sa victime sur les conseils d’un curé éloigné des valeurs catholiques, nommé Protiste, connaissance de la bru Henrouille. Bardamu continue ensuite sa vie, déprimé et déprimant dans sa banlieue parisienne où son quotidien de médecin s’allie à ses passages chez les prostituées. Encouragé par l’abbé Protiste, il se rend à Toulouse visiter Robinson et la veuve Henrouille. Cette dernière les fait vivre en organisant la visite d’un tombeau, accolé à l’église de Protiste, pour les touristes. Robinson, toujours pessimiste et déprimé, s’est fiancé à une jeune fille, Madelon, débrouillarde et fort jolie, avec qui Bardamu s’empresse de faire connaissance. Cet empressement lui est dommageable quand Madelon essaie de dresser son fiancé contre Ferdinand, peureuse qu’elle est qu’il s’en aille. Le docteur quitte Toulouse le jour où Robinson, ingrat, tue la vieille Henrouille en la jetant dans son tombeau.

De retour à Paris, il est embauché dans un asile où les moyens médicaux employés ne servent qu’à rassurer les familles des patients. Le directeur de l’établissement ne s’intéresse qu’aux profits qu’il peut tirer de ses fous. Après s’être rapproché de Bardamu et ayant appris l’anglais grâce à lui, le directeur décide de quitter son poste et laisse l’asile aux bons soins de Ferdinand. Ce dernier se contente de le gérer au jour le jour. Les problèmes reviennent quand Robinson qui, ayant recouvré en partie la vue, a quitté Madelon, lui demande son aide. Embauché par Bardamu, il est tué par Madelon qui l’a retrouvé, l’a fait chanter avec le meurtre de la vieille Henrouille, lui a, à nouveau, exprimé tout son amour sans succès : Robinson exprime son dégoût pour l’amour et l’attirance entre les gens.

Citations :

Sur la Grande Guerre :
"La guerre en somme c'était tout ce qu'on ne comprenait pas." (p.12)
"On et puceau de l'Horreur comme on l'est de la volupté." (p.14)
"Quand on a pas d'imagination, mourir c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop." (p.19)
"C'est à partir de [...] là qu'on a commencé à fusiller des troupiers pour leur remonter le moral" (p.30)
"La guerre [...], cette foutue énorme rage qui poussait la moitié des humains, aimants ou non, à envoyer l'autre moitié vers l'abattoir" (p.50)
"Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue." (p.82)
Le militaire : "N'ayant pas l'habitude de penser, dès qu'on lui parle il est forcé pour essayer de vous comprendre de se résoudre à des efforts accablants" (p.121)

Sur l'Afrique :
"Les indigènes eux, ne fonctionnent guère en somme qu'à coups de trique, ils gardent cette dignité, tandis que les Blancs, perfectionnés par l'instruction publique, ils marchent tout seuls" (p.139)

Citations générales :
"Et où aller dehors, [...], dès qu'on a plus en soi la somme suffisante de délire ? La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir." (p.200)
"C'est quelque chose de toujours vrai un corps, c'est pour cela que c'est presque toujours triste et dégoûtant à regarder" (p.272)
"Célèbre d'emblée, il ne lui [un scientifique reconnu] restait plus jusqu'à sa mort, qu'à noircir régulièrement quelques colonnes illisibles dans divers périodiques spécialisés pour se maintenir en vedette." [...] "Le public scientifique sérieux lui faisant à présent crédit et confiance. Cela dispensait le public sérieux de le lire." (p.282)
"Pour les ravigoter, on les remonte les riches, à chaque dix ans, d'un cran dans la Légion d'honneur, comme un vieux nichon." (p.334)
"Très peu de présence, tout est là, surtout pour l'amour" (p.366)
"Les choses auxquelles on tenait le plus, vous vous décidez un beau jour à en parler de moins en moins, avec effort quand il faut s'y mettre. On en a bien marre de s'écouter toujours causer" (p.458)

Mon avis :

Le simple résumé de la trame de ce roman ne suffit pas à montrer tout l'intérêt de Voyage au bout de la nuit qui réside dans le style, la prose de Céline. L'écrivain décrit, en utilisant souvent l'ironie, le désespoir, la lassitude, la banalité, la tristesse et la méchanceté des gens moyens avec une grande réussite. Ce roman fait broyer du noir au lecteur : il est risqué de le lire si ce dernier est déprimé voire dépressif.
 Le comportement de l'écrivain pendant la Seconde Guerre Mondiale ainsi que ses pamphlets antisémites peuvent mener à une opinion négative mais l'on comprend mieux après avoir lu ce roman pourquoi Céline est, encore aujourd'hui, une référence de la littérature française.
Ses descriptions de la Première Guerre Mondiale, du colonialisme français en Afrique, des procédés inhumains du fordisme américain (travail à la chaîne) sont autant de témoignages sur de grands évènements ou d'importantes tendances de son époque ; témoignages, aux accents pacifistes sociales, qui vont parfois à contre-courant des pensées des années 20-30 (ex : la lâcheté du Poilu Bardamu alors que les contemporains de Céline ne souhaitaient retenir que l'héroïsme des soldats). Enfin, les comportements mesquins, individualistes (égoïstes) et intéressés de Robinson et de Bardamu constituent une critique des hommes et des rapports qu'ils entretiennent entre eux.

Ma note :

16/20

Par Olivier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 17 juillet 4 17 /07 /Juil 19:37

Bernard WERBER, Les Fourmis, Le Livre de Poche, Albin Michel, 1993, 308 pages

 

L’Auteur :

 

Né en 1961 à Toulouse, Bernard WERBER a écrit de nombreux romans dans lesquels se mêlent philosophie, science-fiction ou encore biologie et autres sciences dites dures. Il est connu notamment pour sa trilogie des Fourmis (Les Fourmis, Le Jour des Fourmis, La Révolution des Fourmis) mais a écrit beaucoup d’autres ouvrages comme L’Arbre des possibles ou encore  Nous les Dieux.

 

L’ouvrage :

 

La particularité de cet ouvrage est l’alternance entre deux trames narratives se rejoignant à sa fin. D’un côté, nous est racontée la vie dans une fourmilière et de l’autre celle de l’héritier d’un scientifique ayant découvert un procédé technique révolutionnaire.

Jonathan Wells est serrurier et hérite d’un appartement autrefois propriété de son oncle nommé Edmond. Cet appartement d’une surface importante est situé en sous-sol et ne laisse entrevoir la lumière de l’extérieur que par de rares soupiraux mais la situation financière de Jonathan ne lui laisse pas vraiment le choix et il ne peut qu’accepter l’héritage. Il décide de s’informer sur cet oncle qu’il ne connaît que très peu et se rend chez sa grand-mère, la mère d’Edmond. Il tombe alors sur un message posthume écrit par Edmond et qui lui est destiné, le savant ayant prévu que son neveu hériterait de son logement. La missive n’est composée que d’une phrase qui alerte Jonathan sur les dangers de la cave attenante à l’appartement et lui déconseille fortement de s’y rendre. Après avoir rencontré d’autres savants proches de son oncle, Jonathan s’aperçoit que celui-ci avait des difficultés d’intégration notamment dans les entreprises dans lesquelles il avait été embauché mais que ses capacités intellectuelles lui avaient permis de faire des découvertes innovantes. Son domaine de recherche de prédilection était les insectes, les fourmis en particulier.

327e mâle est une fourmi parmi des millions d’autres à l’intérieur d’une fourmilière appartenant à la Fédération Bel-o-kan. Un jour alors qu’il effectue une mission d’exploration avec d’autres insectes, il s’égare et retrouve ses compagnons décédés d’une mort mystérieuse, une étrange odeur de roche flottant autour d’eux. Sentant un danger inédit, le mâle décide d’alerter les autres fourmis de sa cité mais son récit est trop peu vraisemblable et ouvrières ou guerrières refusent de croire ses paroles. Sa vie est en danger, il est poursuivi par des fourmis dont l’une est boiteuse, chose anormale puisque des insectes d’une même congrégation ne s’entretuent pas. Il décide de tenter le tout pour le tout en allant prévenir la reine de la fourmilière, leur mère à tous et à toutes. Malheureusement pour lui, elle ne prête pas attention à son message olfactif. Résigné par aussi peu de réussite dans ses tentatives de mise en garde, 327e mâle se résigne à mourir alors qu’il est attrapé par ses poursuivantes.

Un jour que le chien de son fils semble avoir disparu dans la cave, Jonathan décide de s’y rendre, bravant ainsi les conseils de son oncle. Il y disparaît pendant de longues heures affolant sa femme et son fils. Après avoir remonté le cadavre du caniche, Jonathan annonce à ses proches qu’il souhaite y retourner pour découvrir ce qu’Edmond a fabriqué dans cette cave d’une profondeur exceptionnelle.

Le mâle est sauvé par l’intrusion du bec d’un oiseau dans la fourmilière. Il réussit alors à semer ses poursuivantes et décide de tout tenter pour convaincre au moins une de ses congénères du danger qui les menace tous. Il se rend alors à l’étage réservé à l’élevage des femelles dont certaines seront des reines. Après avoir tué une fourmi qui tentait de lui barrer le passage, 327e mâle se retrouve face à une femelle qu’il réussit à rallier à ses convictions. 56e femelle et lui-même arrivent ensuite à persuader une guerrière, 103683e asexuée. Poursuivies par des ennemis qu’elles cernent difficilement, affrontant de multiples obstacles : lombrics, faible température, les trois fourmis se rendent au fond de la fourmilière, le plus bas possible. Sur le point de découvrir un secret incroyable, les trois insectes sont rappelés vers la surface par l’attaque d’une colonie amie par des fourmis naines, la guerre, tant attendue en cette période de post-hibernation, est déclarée. Ce conflit, comme tous les précédents, est l’occasion de mettre en application des stratégies mûrement réfléchies et de prouver ses capacités d’adaptation aux ruses ennemies, elle constitue ainsi une possibilité d’innover sans égale.

Après avoir attendu Jonathan plusieurs jours, sa femme, Lucie, décide qu’elle ne peut plus attendre. Elle descend à son tour dans cette cave inquiétante et attirante à la fois en laissant son fils seul dans l’ancien appartement de l’oncle Edmond. Après avoir patienté plusieurs jours, l’enfant décide de prévenir les secours. Un policier et plusieurs pompiers décident de descendre et disparaissent à leur tour. Le fils de Jonathan est alors placé en orphelinat mais il n’y reste pas longtemps et se lance à la poursuite de ses parents.

Une fois la guerre terminée, le temps est venu du départ des femelles après leur accouplement avec les mâles. Si elles réussissent à franchir les différents obstacles qui les attendent, elles pourront créer leur propre fourmilière. Juste avant de partir, 56e femelle s’aperçoit avec effroi que 327e mâle a été assassiné. Ayant perdu tout contact avec l’asexuée, sa partenaire dans la quête du secret de l’odeur de roche, elle se retrouve seule. Cependant, nullement découragée, elle réussit après avoir vaincu oiseau, araignée…à trouver un endroit propice à la formation de sa cité nommée Chili-pou-kan. Pendant ce temps, 103683e asexuée a rencontré une vieille fourmi et a, de son côté aussi, affronté de multiples dangers : lézard, escargot, termites…, ensemble elles ont décidé de découvrir le monde. 56e femelle a commencé la ponte, elle mange ses œufs pour se redonner de la force avant d’en produire d’autres. Au fur et à mesure, la fourmilière s’agrandit. La reine souhaite qu’elle soit à la pointe des cités fourmis, elle envoie ainsi des exploratrices dans toutes les directions et s’inspire des multiples découvertes faîtes par ses congénères. Cependant, elle n’oublie pas l’enquête qu’elle avait commencéE dans son ancienne fourmilière alors qu’elle n’était qu’une jeune femelle, elle décide donc d’y envoyer des ambassadrices secrètement chargées de poursuivre l’inquisition. L’une de ses envoyées arrive à percer le mystère mais ne peut pas retourner informer sa reine qui a décidé d’attaquer la cité où elle est née, cité qu’elle juge vétuste et inadaptée aux contraintes modernes.

Les autorités décident d’arrêter les recherches dans la mystérieuse cave de l’oncle Edmond une fois qu’un nouveau groupe de gendarmes y a disparu, son entrée est murée. Cependant, la mère du savant accompagnée de deux anciens collègues de son fils ne se résout pas à abandonner les membres de sa famille qui s’y trouvent et plonge dans les entrailles de la terre. Après de longues heures de marche, elle retrouve Jonathan et les siens ainsi que les pompiers, policiers et autres gendarmes précédemment disparus. Ils ont découvert le centre d’étude fabriqué par Edmond dans une ancienne église souterraine. Le scientifique y étudiait la fourmilière qui se trouvait au-dessous de l’église, fourmilière qui se trouvait être celle de 327e mâle, 56e femelle et 103683e asexuée. Edmond avait réussi à recréer des phéromones artificielles et par la même à communiquer avec les fourmis. La reine de la cité n’avait pas jugé bon d’informer l’ensemble de ses sujets des nouveaux liens qui l’unissaient avec les humains.

Le roman de Bernard WERBER se termine par la destruction de la fourmilière et, par la même, par l’anéantissement d’une grande partie des travaux d’Edmond.

Mon avis :

Ce roman est très divertissant et très aisé à lire. Il s'adresse à tous les âges car il mélange un récit prenant et des descriptions scientifiques précises.
Cependant, le mélange entre descriptions scientifiques et roman entraîne une certaine perte de crédibilité pour les apports scientifiques.

Ma note :

15/20

Vous avez aimé ? Essayez aussi :

Du même auteur : L'arbre des possibles

Par Olivier
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 1 juillet 2 01 /07 /Juil 12:14

Robert MERLE, La mort est mon métier, Folio, Gallimard, 1952, 361 pages

 

L’Auteur :

 

Robert Merle (1908-2004) : né à Tebessa (Algérie), il fait ses études à Paris, au lycée Louis Le Grand. Prisonnier pendant la Seconde Guerre Mondiale de 1939 à 1943, il devient maître de conférence en anglais en 1944 à l’université de Rennes puis professeur. Il sera ensuite en poste dans différentes facultés françaises, notamment Nanterre en 1968.

Auteur de traductions, il se fait connaître en 1949 avec Week-end à Zuydcoote récompensé par le prix Goncourt. Il publiera entre autre l’Ile (1962), Malevil (1972), les Hommes protégés (1974) et la grande série historique Fortune de France.

 

L’ouvrage :

 

Le personnage principal de ce roman, qui est aussi le narrateur de sa propre histoire, est Rudolf Lang. Robert Merle s’est inspiré pour écrire son ouvrage d’un SS qui a réellement existé, Rudolf Hoess, commandant du camp d’Auschwitz. L’écrivain affirme, dans la préface, avoir réalisé avec ce livre un réel travail d’historien, en se basant sur les écrits de Hoess lui-même mais aussi et surtout sur ceux d’un psychologue américain, Gilbert, qui l’interrogea dans sa cellule lors du procès de Nuremberg.


           Rudolf Lang est né au tout début du XXème siècle en Allemagne. Son père tient un magasin de vente de textiles au détail, sa mère est femme au foyer. La première partie de l’ouvrage correspond à la description de l’enfance de Lang, une enfance totalement soumise à un père tyrannique qui, ayant commis l’adultère lors d’un voyage en France, se punit quotidiennement et essaie d’avoir une vie aussi pieuse que possible, travaillant durement et s’infligeant volontairement des sévices physiques et moraux. Affirmant porter sur ses épaules les pêchés de toute sa famille, il souhaite transmettre à son fils le poids de son fardeau en le destinant à la vie de prêtre. La vie familiale est précisément réglée, les gestes de chacun préalablement définis et les paroles réservées à la politesse et à la prière ; toutes ces habitudes plaisent à Rudolf.

Un jour, alors qu’il s’astreint, comme à son habitude, à traverser un nombre de fois prédéfini la cour de son école, un camarade vient lui raconter la raclée que lui a infligée son père et s’épanche sur les relations qu’il entretient avec lui. D’abord étonné par des relations paternelles qu’il ne comprend pas, Rudolf s’énerve ensuite sur son condisciple qui l’empêche de terminer ses allers-retours et lui casse la jambe. S’empressant alors d’aller se confesser au prêtre de l’école, il s’aperçoit avec terreur le soir même que son père est au courant de l’incident. N’ayant pas été dénoncé par son camarade, il s’imagine à tort avoir été dénoncé par le prêtre et perd la foi en Dieu.

Son père décédant peu après, Rudolf s’éloigne rapidement de l’Eglise chrétienne et s’éprend d’une passion patriotique pour les troupes allemandes alors engagées dans la Première Guerre Mondiale. Volontaire pour aider les blessés allemands, il s’enfuit de chez lui et réussit à s’engager à 16 ans grâce à un officier qui, par ses paroles, renforce son attachement à l’Allemagne. Cavalier, il obéit aux ordres sans sourciller, n’ayant aucune pitié pour les autres soldats qui souhaitent sauver leur peau. Blessé plusieurs fois, il est décoré et devient sous-officier à la fin de la Guerre. La défaite, arrivée brusquement, est incompréhensible pour lui et ses hommes. Rapidement démobilisé, il se retrouve alors sans but précis, les ordres et la discipline de l’armée lui manquent.

Il exerce des petits boulots, en usine notamment, mais il n’assimile pas la solidarité existant entre les ouvriers, refuse d’aider les plus faibles d’entre eux, ne voyant que le redressement de l’Allemagne comme seul but louable à poursuivre, et se retrouve rapidement à la rue. Connaissant la misère urbaine, et après quelques passages dans des groupements militaires allemands où il retrouve le bonheur de l’ordre et de la discipline, il s’inscrit au parti nazi au début des années 1920. Se sentant utile à son pays, appréciant les combats de rue contre les communistes et toujours partant lorsqu’il s’agit de se battre pour l’Allemagne, il prend de plus en plus de responsabilités au sein du NSDAP jusqu’à  assassiner un opposant en 1924. Condamné à dix ans de prison, il sort au bout de cinq ans pour bonne conduite.

Le parti national socialiste l’envoie alors dans la ferme d’un ancien colonel pour se faire oublier. Retrouvant avec plaisir les rudes travaux des champs et les chevaux, Lang qui est très taciturne, se retrouve ainsi à la campagne mais garde toujours le même but : revitaliser son pays. Son patron décide de faire de lui un fermier et lui confie la réfection d’une de ses propriétés laissée jusqu’alors à l’abandon et située en terrain marécageux. Puis, toujours en suivant ce thème nazi que la terre allemande doit appartenir à la race aryenne, son maître lui trouve une femme, Elsie, et le laisse vivre du fruit des maigres récoltes obtenues sur son domaine.


         C’est à ce moment là que Rudolf Lang rencontre Himmler et se voit confier la tâche de créer une milice nazie dans le village voisin. Malgré la charge de travail déjà énorme qu’il supporte avec sa ferme, il réussit dans cette mission et toute opposition au parti d’Hitler est anéantie. Il échappe de peu à la prison après que sa milice tue un opposant et se pose la question du devenir de sa famille au cas où il serait condamné et emprisonné. De plus, cette vie laborieuse de fermier lui plaît et lorsque Himmler lui propose d’administrer le camp de concentration de Dachau, dont le but est de redresser les criminels par l’éducation, Lang se retrouve pris en tenaille entre l’attrait pour la vie à la campagne que sa femme et lui apprécient et le désir de servir au mieux son pays. Ce dernier voit sa préférence et il se trouve envoyé avec sa famille en Pologne pour construire puis gérer le camp de concentration de Dachau. L’augmentation des responsabilités pour Lang est accompagnée d’une montée dans l’échelle hiérarchique nazie et il se retrouve rapidement commandant puis, alors qu’il a en main le camp d’Auschwitz, lieutenant-colonel.

Ses supérieurs, Himmler plus particulièrement, vont lui demander de réfléchir à la solution finale, i.e. à l’extermination de tous les opposants à Hitler et plus précisément des Juifs. Après plusieurs visites dans des camps, Lang s’aperçoit que la méthode employée, l’asphyxie par les gaz d’échappement des camions, n’est pas assez rentable et trop longue donc ne peut pas lui permettre d’atteindre les chiffres de plusieurs centaines de milliers d’exécutions mensuelles ordonnées par le Reich. Après avoir traité la question en bon fonctionnaire, comme s’il ne s’agissait que d’un problème purement numérique, Lang, aidé par ses subalternes et les découvertes faites dans d’autres camps nazis qualifiés d’expérimentaux, met au point un système de vastes salles dans lesquelles un gaz est introduit et permet d’éliminer rapidement un grand nombre de Juifs. Les corps sont ensuite brûlés dans des fours crématoires. L’officier SS s’attarde sur l’aspect psychologique et essaie de retarder l’instant où ses victimes s’apercevront de leur destination finale. La vie à Auschwitz n’est pas facile à cause des révoltes des prisonniers, du suicide de certains nazis mais aussi et surtout de sa femme qui, après avoir découvert le rôle de ce camp, lui fait avouer qu’il serait prêt à tuer son propre fils si un tel ordre lui était donné.

            La guerre se termine par la défaite de l’Allemagne nazie et Rudolf Lang, après avoir laissé femmes et enfants chez une connaissance, s’enfuit dans une ferme avec une fausse identité. Retrouvé, il témoigne lors du procès de Nuremberg puis est jugé en Pologne. Apprenant qu’Himmler s’est suicidé, il se dit déçu par le manque de courage de son chef et abandonné par son ancien supérieur. Lors de son procès, il cherche à prendre sur lui l’entière responsabilité des actes commis à Auschwitz mais affirme n’avoir fait qu’obéir à des ordres, être resté dans son rôle de fonctionnaire du Reich. Ne comprenant pas cette attitude inhumaine, le tribunal le condamne à la peine de mort par pendaison.

Citation : "il n'y avait plus personne pour me dire ce qu'il fallait faire, je m'ennuyais"


Mon avis :

Cet ouvrage, comme celui de Didier DAENINCKX, Itinéraire d'un salaud ordinaire, remet en question l'obéissance aveugle de subordonnés à leur chef. Ainsi les ordres absurdes, inhumains,... ne doivent pas être suivis et chacun doit réfléchir à la portée de ses actes même s'ils lui sont dictés par un supérieur hiérarchique. L'engagement patriotique et les sentiments nationalistes poussés trop loin sont aussi remis en question.
Ce roman est également historiquement intéressant. D'une part, par ce qu'il décrit sur la montée du nazisme en Allemagne et le déroulement de l'extermination des Juifs, mais aussi, par le contexte dans lequel ce livre a été écrit : en 1952, on priait les réfugiés des camps de se taire et, à la différence des temps présents, l'oubli était la règle et le souvenir l'exception.
On peut regretter le début du livre, un peu long sur l'enfance de Rudolf Lang. De plus, cette enfance difficile semble parfois servir à excuser le comportement de Lang, excuse un peu trop facile devant la gravité de ses actes.

Ma note :

16/20


Vous avez aimé ? Essayez aussi :

Du même auteur :    Malevil
; Les hommes protégés ; Le jour ne se lève pas pour nous
Sur le même sujet : Jonathan Littell, Les Bienveillantes

Par Olivier
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 28 juin 6 28 /06 /Juin 21:33

Didier DAENINCKX, Itinéraire d’un salaud ordinaire, Folio, Gallimard, 2006, 373 pages

 

L’Auteur :

 

Né en 1949 à Saint-Denis, il a commencé à travailler en tant qu’imprimeur puis il est devenu animateur culturel et enfin journaliste. Depuis la publication de son premier ouvrage Meurtres pour mémoire en 1983, il a écrit une quarantaine de livres

 

L’ouvrage :

 

Né aux débuts des années 1920, Clément Duprest est un brillant étudiant en droit qui, après avoir travaillé une année au service juridique de la Compagnie du Métropolitain, décide de s’engager dans la police nationale ; nous sommes alors en 1942.

Marié à une jeune femme prénommée Liliane, il est intégré à la « brigade des propos alarmistes » au sein d’une police totalement soumise aux occupants allemands et pleinement acquise au régime de Vichy. Son travail consiste à observer les comportements des Parisiens et à écouter leurs paroles pour s’imprégner de la température ambiante et neutraliser les résistants, il fiche tout ce qu’il entend et tout ce qu’il voit ainsi que les renseignements collectés sur les personnalités de la résistance voire même du régime vichyste. Contrastant avec la plupart de ses collègues affichant haut et fort leur soutien au Maréchal Pétain, il dit ne pas vouloir faire de politique et obéir simplement aux ordres de ses supérieurs. C’est ainsi qu’il traque les Juifs et participe à la rafle du Vel d’Hiv n’hésitant pas à porter lui-même une étoile jaune pour surprendre ceux qui n’obéiraient pas aux lois anti-juives du moment. Il perd plusieurs de ses collègues lors d’opérations de police visant à arrêter des résistants principalement communistes. Certains de ses compagnons de travail emploient la torture pour faire parler les opposants ce à quoi l’inspecteur Duprest rechigne même si son travail d’observation permet aux bourreaux d’avoir de la matière pour exercer leur activité.

Le jeune inspecteur est conscient des conséquences de son travail et collabore ouvertement avec l’ennemi mais il exprime très rarement ses sentiments politiques au fil des pages de ce roman. Les descriptions se portent principalement sur sa vie quotidienne, ses relations avec sa femme soumise, les sorties qu’ils font ensemble au cinéma ou au théâtre. Il cache à celle-ci ses activités professionnelles, notamment lorsqu’il est désigné pour aider la propagande officielle à réaliser un court-métrage pour dénoncer les horreurs commises par la résistance.

Cependant, son beau-père est le premier à le mettre en garde, en février 1944, sur les conséquences des actes qu’il commet durant la Seconde Guerre Mondiale. Ceux-ci pourraient l’envoyer au peloton d’exécution en cas de retournement de situation, une hypothèse de plus en plus plausible notamment du fait de l’évolution de la situation sur le front de l’Est avec l’avancé soviétique et les défaites de la Wehrmacht. Duprest décide ainsi de faire transiter vers la résistance certains dossiers de la police française sur des gaullistes recherchés, par l’intermédiaire du père de Liliane, tout en continuant son activité de policier.

           

Quelques jours avant la libération de Paris, ses beaux-parents l’enjoignent de venir se cacher chez eux. Cela lui permet d’éviter les exécutions sommaires ayant lieu dans les heures succédant au 25 août 1944 mais il est tout de même arrêté par des résistants, emprisonné et jugé. Grâce aux documents transmis pendant l’Occupation et à l’appui d’un ancien résistant auxquels ils étaient destinés, il est gracié. Objet de l’opprobre populaire pendant quelques semaines, il réussit peu à peu à se faire oublier. Ces temps sont d’autant plus difficiles que sa femme Liliane fait une fausse couche. Réintégré dans la police nationale qui manque de cadres après l’épuration dont elle a fait l’objet, il assiste aux procès de ses collègues dont certains sont condamnés à mort puis exécutés.

Toujours en lien avec l’ancien résistant devenu haut-fonctionnaire et travaillant pour les gouvernements successifs de l’après-guerre, il est chargé, avec son collaborateur un ancien cheminot communiste, d’aider à la grande purge (il n’hésite pas à témoigner contre certains de ses anciens collègues) mais aussi de ficher les opposants aux différents gouvernements républicains de l’après 1945, principalement les communistes. Le travail de collecte d’informations continue tout comme Duprest qui ne se pose pas plus de questions que pendant la guerre et obéit toujours aux ordres.

Ses nouvelles cibles, après que les autorités françaises eussent réussi à faire imploser les différents mouvements communistes préparant une révolution marxiste dans l’hexagone, sont les indépendantistes nord-africains. Ce tournant est marqué, d’un point de vue personnel, par la naissance de son fils Guy.

Promu successivement, il sera commissaire principal à la fin de sa carrière, Clément Duprest se rend au Maroc pour enseigner les méthodes de fichage qu’il a apprises entre 1942 et 1944. Il participe aux massacres perpétrés par l’armée française à l’encontre des autochtones, crimes minimisés par les autorités coloniales. De retour en France, il s’informe sur les réseaux de résistance algériens grâce à des informateurs qu’il fait chanter comme il l’avait fait avec les dirigeants des mouvements communistes. Son travail, très positivement apprécié par ses supérieurs, consiste toujours à recueillir un maximum de renseignements sur les opposants à la République française qu’il sert, République qui a succédé à son ancien maître, l’Etat français. Il aime cette activité d’action et de terrain et va jusqu’à déposer une bombe contre un médecin partisan du FLN algérien. Il est au courant de tous les meurtres et autres assassinats commis par des militaires français ou autres dépositaires de l’ordre public, maquillés en attentats d’extrémistes ou en accidents, mais cela ne remet absolument pas en question son engagement dans la police française. Il semble presque victime de sa profession, il crée, en effet, une fiche sur son fils (bulletins médicaux, relations personnelles, travail scolaire…).

 

            L’indépendance algérienne acquise, de nouveaux obstacles se dressent devant lui et la police française. Il s’agit des événements de Mai 68. Son fils, tout juste majeur et à qui il a trouvé une planque pour effectuer son service militaire tranquillement, devient son informateur au sein des étudiants révoltés. C’est la première fois que le commissaire Duprest ne peut pas appliquer ses méthodes. Alors que les manifestations violentes se succèdent en plein cœur de Paris, il sent qu’il n’est pas loin du précipice, tous ses supérieurs s’étant mis à l’abri, mais se ressaisit avec l’assassinat de Mesrine en 1979 qu’il suggère pour faire oublier les assassinats de personnalités importantes de l’époque que la police n’avait pas su prévenir.

Sa carrière se termine avec l’élection présidentielle de 1981. Il est chargé d’écarter Coluche, trop gênant pour les autres candidats, notamment le président en place. Il réussit à faire infiltrer des informateurs à son siège de campagne et fait écouter ses conversations téléphoniques. L’assassinat d’un proche de Coluche est alors utilisé pour le faire taire et, grâce la presse manipulée directement sur ordre de Duprest, le comique, dégoûté, décide de se retirer de la course à la présidentielle.

Lors de son départ à la retraite, il est satisfait de ne pas avoir à servir la gauche après avoir été aux ordres de tous les gouvernements précédents. Croisant René Bousquet, il se remémore les étapes de sa carrière dans la police.


Mon avis :

Ce roman est une belle réflexion sur le devoir d'obéissance, au sein de la fonction publique en particulier. Il montre ainsi qu'un homme peut réussir professionnellement, i.e. bénéficier d'avancements au cours de sa carrière, tout en accomplissant une activité répugnante pour la plupart de ses compatriotes et dont certains d'entre eux sont les victimes, activité parfois contraire aux valeurs du régime qu'il sert. L'auteur montre également que des arguments utilisés dans un certain contexte (ex : vouloir redresser la France au temps de Vichy) n'auraient pas la même signification et surtout pas les mêmes conséquences humaines dans un autre contexte.
Enfin, Itinéraire d'un salaud ordinaire pointe les errances de la République française dans ses périodes les plus troubles (guerre d'Algérie) et la liberté qu'a pu s'octroyer les gouvernants français avec les valeurs qu'ils étaient censés défendre. De plus, Didier Daeninckx montre que beaucoup de serviteurs de Vichy sont passés entre les mailles du filet et n'ont jamais été inquiétés, arrivant parfois même à retrouver des postes hauts placés après la Libération.

Ma note :

15/20

Par Olivier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 26 juin 4 26 /06 /Juin 14:29

Yasmina KHADRA, L’attentat, Pocket, Julliard, 2006, 239 pages.

 

L’Auteur :

 

De son vrai nom Mohammed Moulessehoul, né en 1955, il a reçu le Prix Tropiques 2006 et le Grand Prix des lectrices Côté Femme pour L’attentat. Ce roman constitue d’ailleurs avec Les Hirondelles de Kaboul et Sirènes de Bagdad, une trilogie sur le dialogue sourd qui oppose l’Orient et l’Occident.

 

L’ouvrage :

 

Le Dr Amine est chirurgien israélien d’origine arabe. Venant d’une famille de bédouin, il a gravi l’échelle sociale et exerce à Tel-Aviv. Cependant, ses origines sont difficiles à assumer dans un contexte de conflit entre Israéliens et Palestiniens, il est victime de son faciès arabe dans une société israélienne moins permissives en ces temps de guerre.

Un soir alors qu’il travaille au sein de son hôpital, une jeune kamikaze se fait exploser à quelques pâtés de maisons du centre de soins. Les blessés arrivent à la chaîne et le Dr Amine les opère les uns après les autres. Rentré chez lui, harassé, il est rappelé à l’hôpital pour identifier la kamikaze qui se trouve être sa femme.

Effondré, ne parvenant pas à admettre l’impensable, le chirurgien ne veut pas se rendre à l’évidence et accepter l’inacceptable. Mis en quarantaine par son hôpital, sa maison et lui-même attaqués, il décide de se rendre à Bethléem après avoir reçu une lettre envoyée par sa femme peu avant sa mort. Aidé par son amie Kim, elle aussi chirurgien, il débute son enquête dans ce pays meurtri qu’est la Palestine dont il s’est éloigné depuis longtemps et dont la pauvreté et le fanatisme le rattrape alors.

Comme une grande partie de ses collègues qui vont jusqu’à demander que la nationalité israélienne lui soit retirée, il est considéré comme un traître par les Palestiniens qu’il rencontre car ses papiers d’identité sont produits par l’Etat hébreux. Baladé dans Bethléem, passé plusieurs fois à tabac, le Dr Amine s’aperçoit que les langues ne se délient pas facilement et qu’il aura du mal à comprendre le geste de sa femme et les raisons qui l’ont poussée à préférer la cause intégriste à son mari. Ce dernier se rend compte, au fur et à mesure de son enquête, que les Palestiniens sont dos au mur et que la privation de liberté ne peut conduire qu’à la violence des attentats suicides. Le chirurgien israélien évoque la douleur affective qu’il ressent depuis la disparition de sa femme, ce à quoi ses interlocuteurs répondent par des idées politiques sur la situation catastrophique des habitants de Gaza et de la Cisjordanie et sur le conflit sans fin qui les opposent à Israël. Il finira par rencontrer un jeune homme, Adel, qui lui raconte comment sa femme s’est peu à peu transformé et rapproché de la Cause palestinienne. Il se rassure en apprenant qu’elle lui a toujours été fidèle en amour mais que ses convictions politiques sont devenues trop intenses.

Le Dr Amin décède à la fin de l’ouvrage, tué par un drone israélien ayant lancé son missile dans une foule de croyants palestiniens.

Mon avis :

Cet ouvrage raconte les épopées d'un chirurgien imaginaire rattrapé par un conflit bien réel, la guerre israélo-palestinienne. L'auteur, tout en dénonçant les ravages du fanatisme palestinien et en décrivant l'idiotie des attentats-suicides commis contre les civils israéliens, démontre que l'Etat hébreux met dos au mur les Palestiniens en les privant de liberté, en détruisant leurs maisons et en les appauvrissant plus chaque jour.
Ce roman est certainement plus intéressant à lire pour les descriptions qu'il fait du conflit actuel au Proche-Orient que pour l'histoire du Dr Amine en elle-même.

Ma note :

14/20

Par Olivier
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 25 juin 3 25 /06 /Juin 22:17

Jonathan LITTELL, Les Bienveillantes, NRF, Gallimard, 2006, 883 pages

 

L’Auteur :

 

 J. Littell est né à New York en 1967, Les Bienveillantes est sa première œuvre littéraire.

 

L’œuvre :

 

Dédié aux « morts », cet ouvrage raconte la vie d’un officier nazi pendant la Seconde Guerre Mondiale. Cet officier, le Docteur en droit Maximilien Aue, né au début des années 1910, narre lui-même, et a posteriori, le déroulement de la guerre comme il l’a vécue. Il s’agit donc d’un roman autobiographique. Le narrateur est féru de musique classique, les sept chapitres de l’ouvrage, de tailles inégales, sont ainsi répertoriés grâce à des qualificatifs musicaux (Toccata, Sarabande, Menuet…).

Le Dr Aue est homosexuel, il n’a aimé et n’aime encore qu’une femme, sa sœur jumelle, avec qui il a découvert sa sexualité, mariée depuis à un riche propriétaire. Sa mère est française, il a fait la majeure partie de sa scolarité en France. Il ne connaît que peu son père, disparu alors qu’il était encore très jeune, et s’apercevra au cours du récit qu’il n’était pas aussi grand et noble qu’il l’avait imaginé.

 

            La courte première partie, intitulée « Toccata » est philosophique : une « philosophie confuse d’ancien fasciste à demi repentie ». Le narrateur nous relate a posteriori ses analyses sur la guerre et, principalement, sur le comportement de l’Allemagne et des nazis, à travers un dialogue avec le lecteur dont il imagine lui-même les répliques. Il dit vouloir écrire non dans un but lucratif ni pour se justifier mais « pour éclaircir un ou deux points obscurs », il se décrit lui mais aussi son environnement proche, son travail. Il veut faire réaliser au lecteur l’importance du drame que constitue la Seconde Guerre Mondiale ; pour cela, il lui assène des chiffres précis concernant le nombre de morts (par camps, secondes…). Une citation de Sophocle : « ce que tu dois préférer à tout, c’est de ne pas être né » nous montre son état d’esprit et son faible moral.

Le Dr Aue justifie son rôle dans le processus d’extermination, et par la même celui de ses comparses, en invoquant le sens du devoir à accomplir et la nécessité de la tâche mais aussi le hasard qui fait qu’il se trouve à tel ou tel endroit. Il affirme d’ailleurs que du statut de bourreau, un homme peut passer à celui de victime et vice versa. Il pointe l’importance des hommes ordinaires (à la différence des psychopathes et autres détraqués) dans la conduite des opérations d’extermination.

           

            Les chapitres suivants racontent les péripéties traversées par le narrateur au cours de ses différentes affectations. Un personnage le suit tout au long du texte, son ami Thomas, plus malin que lui et qui lui permettra de se sauver de certaines situations risquées ou de bénéficier d’avancements, de faveurs… D’autres personnages apparaissent au détour de certaines pages comme le Dr Mandelbrod et son associé Herr Leland, incarnation même des industriels peu scrupuleux qui se rapprochent des régimes politiques au gré des avantages qu’ils peuvent en tirer ; ils n’hésiteront d’ailleurs pas à tendre la main aux Alliés lorsque tout semblera perdu pour l’Allemagne peu avant la fin de la guerre.

Il nous décrit très réellement, avec tous les détails sanglants, donc très cruellement, le massacre des Juifs d’Europe de l’Est qu’ils soient hommes, femmes, vieillards ou même enfants. Le Dr Aue raconte comment il a conduit lui-même une petite fille à son bourreau en lui recommandant d’être gentil avec elle. Les massacres sont ici planifiés à l’avance, chaque homme connaît son rôle et la tâche précise qu’il a à accomplir. Souvent, les officiers nazis laissent la basse besogne aux autochtones, ils se contentent, comme le narrateur, de rechercher les améliorations à apporter au système, par exemple, en diminuant autant que faire se peut, l’effroi des victimes qui ne doivent voir leur dernière destination (les fosses communes) qu’au dernier moment. Ces victimes ne sont pas toutes des Juifs, des communistes et autres adversaires désignés des nazis, qu’ils le soient réellement ou non, sont également exécutés. Le Dr Aue décrit l’évolution mentale des militaires présents, exécutants ou non de la basse besogne, vers la folie.

La mission principale du narrateur lors de ses déplacements en Europe de l’Est est de différencier les peuples considérés comme Juifs et donc susceptibles d’êtres supprimés des autres. Sa tâche est difficile du fait de l’assimilation d’anciennes ethnies juives avec les populations locales et malgré l’aide d’experts linguistes, d’ethnologues…le Dr Aue éprouve des difficultés à porter à bien sa mission. Cependant, il ne semble pas remettre en question ses convictions dont la nécessité d’exterminer le peuple juif fait partie. En désaccord avec ses supérieurs, ses analyses n’étant pas conformes à leur volonté, il est muté sur le front Est, à Stalingrad.

            Il y découvre les affres de la guerre dans laquelle il est engagé, il y ressent le manque de nourriture et de matériel médical, il s’aperçoit du piteux état des voies de communication et de la force de l’ennemi russe. Malade puis blessé par balle à la tête, il perd conscience et part dans un rêve fantastique. Laissé pour mort par le chirurgien présent sur place, il ne doit la vie qu’à l’insistance d’une de ses connaissances pour qu’il soit rapatrié vers l’Ouest. Il est décoré pour cette blessure et reste convalescent pendant plusieurs mois dans une station balnéaire.

Le Dr Aue continue ensuite sa carrière d’officier SS en Allemagne, à Berlin tout particulièrement, au gré des avancements et des différentes tâches qui lui sont confiées. Une mutation en France lui est refusée. Il y retourne tout de même, dans un but personnel, pour rendre visite à sa mère et son beau-père, Moreau, qui vivent dans le Sud de la France, sur la côte méditerranéenne, près de la frontière italienne. Cette zone est d’ailleurs sous contrôle italien. Il s’aperçoit au cours de son séjour que sa mère a recueilli deux enfants juifs et soupçonne son beau-père, un industriel dont les affaires avec les occupants sont florissantes, d’utiliser les deux garçons comme assurance vie en cas de défaite de l’Allemagne pour justifier de sa sincerité. Les relations du narrateur avec ses proches sont difficiles et il repart après avoir tué sa mère et son beau-père. Ce crime fait l’objet d’une enquête de policiers français en collaboration avec leurs homologues allemands. Le Dr Aue est alors poursuivi, où qu’il se rende et malgré les largesses de la justice allemande, par deux inspecteurs zélés qui ne sont stoppés dans leur quête de la vérité que par leur mort lors de la prise de Berlin par les troupes soviétiques en avril 1945.

Entre temps, le narrateur est chargé d’améliorer la productivité des prisonniers (Juifs, résistants, communistes…) affectés dans les usines allemandes. Il ne cesse alors de se battre contre une administration rigide et contre des officiers nazis, notamment ceux qui gèrent les camps de concentration et d’extermination, dont les buts sont souvent en contradiction avec les siens. Les défaites toujours plus nombreuses de la Wehrmacht, les batailles de pouvoir au sommet de l’Etat ainsi que la démoralisation croissante entraînent un délitement de l’Etat nazi qui sombre peu à peu.

Le narrateur relate les bombardements alliés de plus en plus fréquents et meurtriers sur Berlin qui rendent la propagande de Goebbels inefficace sur la population allemande. S’ajoutant à ses problèmes mentaux et à sa faiblesse physique, le Dr Aue est touché par une maladie grave qui l’oblige à rester aliter pendant plusieurs jours sous la surveillance d’une femme, Hélène, qu’il a rencontrée pendant la guerre et avec qui il refuse de se lier davantage qu’amicalement, la pensée de sa sœur le taraudant. A nouveau, il part en convalescence mais cette fois-ci dans le château de son beau-frère. Il y perd, peu à peu, le fil du temps submergé qu’il est par des songes étranges et seul l’arrivée providentielle de son ami Thomas lui permet de s’échapper des griffes des Soviétiques reprenant les territoires de l’Est de l’Europe aux troupes allemandes. Tous les deux réussissent à regagner Berlin après avoir échappé plusieurs fois à leurs ennemis. Ils s’aperçoivent en rejoignant la capitale de l’Allemagne que les campagnes sont laissées à l’abandon, cette bande d’enfants, rencontrée sur le chemin, faisant régner leurs lois et n’hésitant à utiliser une violence inouïe pour tuer ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis constitue un exemple frappant.

            Le narrateur est de plus en plus désenchanté vis à vis du régime nazi qu’il a servi avec verve durant ces six années de guerre. Décoré par Hitler pour son abnégation à servir le IIIe Reich, il s’aperçoit alors que l’homme qui dirige son pays, celui qui doit l’amener vers un idéal aryen, n’est autre qu’un petit individu trapu, à l’haleine fétide et dont les caractéristiques morphologiques sont celles d’un Juif. Sur un coup de colère, le narrateur pince le nez d’Hitler et lui secoue la tête. Jeté en prison, il parvient à s’échapper. Après avoir retrouvé son ami Thomas, il n’hésite pas à le tuer pour bénéficier des faux-papiers de celui-ci et échapper aux Rouges.

Mon avis :

Ce long roman a valu à son auteur le prix Goncourt 2006 et le Grand prix du roman de l'Académie Française 2006.
D'un intérêt historique important puisqu'il a attiré l'attention de l'opinion publique sur les massacres de Juifs commis à l'Est de l'Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale, ce roman est un moyen de faire comprendre à des collégiens notamment, les horreurs commises pendant la Seconde Guerre Mondiale par les Nazis. Cet ouvrage se rapproche parfois de celui de Robert Merle, La mort est mon métier, notamment lors de la déception finale du protagoniste vis à vis des chefs qu'il servait durant la Guerre et du but qui lui a dicté son comportement passé.
Cependant, J. LITTELL aurait pu abréger certaines descriptions, les longueurs sont légions dans ce roman notamment à propos des songes et autres cauchemars du Dr Aue. Il arrive qu'on s'ennuie en lisant certains passages.

Ma note :

12/20


Vous avez aimé ? Essayez aussi :

Sur le même sujet : Robert Merle, La mort est mon métier

Par Olivier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 24 juin 2 24 /06 /Juin 23:08

  Robert MERLE, Le jour ne se lève pas pour nous, Livre de Poche, Editions de Fallois, 1990, 273 pages

 

L’Auteur :

Robert Merle (1908-2004) : né à Tebessa (Algérie), il fait ses études à Paris, au lycée Louis Le Grand. Prisonnier pendant la Seconde Guerre Mondiale de 1939 à 1943, il devient maître de conférence en anglais en 1944 à l’université de Rennes puis professeur. Il sera ensuite en poste dans différentes facultés françaises, notamment Nanterre en 1968.

Auteur de traductions, il se fait connaître en 1949 avec Week-end à Zuydcoote récompensé par le prix Goncourt. Il publiera entre autre La mort est mon métier (1952), l’Ile (1962), Malevil (1972), les Hommes protégés (1974) et la grande série historique Fortune de France.

 

L’ouvrage :

 

Le jour ne se lève pas pour nous est un « docu-fiction », i.e. il décrit une réalité à travers des personnages et une aventure fictifs. Ce roman narre la vie des hommes d’équipage d’un Sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE), le « Jason » durant une campagne de 65 jours. L’histoire se situe au début des années 1980 (Laurent Fabius est en passe de devenir Premier ministre).

Le personnage principal est aussi le narrateur du récit, il s’agit du médecin du bord, un homme de trente et un ans, amoureux d’une femme d’une vingtaine d’année nommée Sophie, sa description constitue l’amorce du roman. Au contraire du narrateur, elle vient d’une famille aisée ce qui rend les relations difficiles entre eux, notamment du fait de la belle-mère. Comme annoncé au début de l’ouvrage, cette histoire est destinée à Sophie dont les liens avec le narrateur vont se distendre peu à peu au fur et à mesure du déroulement de la mission à bord du Jason et, par la même, du récit jusqu’à ce que le médecin remplace son nom par « lectrice », plus anonyme. Sophie, inscrite en tant que fiancé par le narrateur auprès de la Marine pour qu’elle puisse lui envoyer des messages, ne daignera lui écrire qu’une seule fois en tout début de mission. Les sentiments du médecin sont détaillés au fur et à mesure des pages, il exprime sa détresse de ne pas recevoir de familigramme (nom donné au message envoyé par les familles aux marins des SNLE auquel le narrateur se dit opposé à la fin de la mission) de la par de celle qu’il aime (qu’il croit aimer).

Les descriptions sont nombreuses, elles concernent principalement les personnages, le médecin ayant des talents de psychologie puisqu’il analyse les comportements de chacun, mais aussi la vie à bord que ce soit les caractéristiques du sous-marin, les règles, principalement tacites, qui régissent les comportements de chacun ou encore le train-train quotidien, notamment les habitudes de chacun, les surnoms des différents grades et les traditions établies (ex : le repas en uniforme présidé par le pacha du dimanche midi ou encore l’honneur de se voir accorder une baguette sortant du four par le boulanger du bord).

Le toubib s’intéresse au vocabulaire employé par les marins (« embarquer sur la patte de l’encre »,i.e. embarquer à la dernière minute), lui qui n’a qu’une courte expérience sur un sous-marin d’attaque, est semble plus médecin que marin.

Chaque personnage rencontré par le narrateur est l’objet d’une description précise plus psychologique que physique.

Le récit est marqué par l’humour, principalement les descriptions des farces des uns et des autres et il se veut le récit le plus réel possible, c’est pourquoi le narrateur se répète au fur et à mesure du livre, livre ses états d’âme ou encore rapporte le plus exactement possible les nombreux propos qu’il échange avec les différents membres de l’équipage. A noter que la narration est subjective, souvent à l’avantage du narrateur qui se veut plus solide que les autres (on lit plus les défaillances mentales des autres marins que les siennes même s’il se reconnaît parfois des excès de faiblesse comme l’envie d’ouvrir une fenêtre, le manque de femme à ses côtés ou encore des cauchemars), dont le comportement est rarement [auto-]critiqué. De nombreuses allusions à des ouvrages sont faîtes (ex : Vingt mille lieus sous les mers de Jules Verne : comparaison du Nautilus avec le Jason) et montrent la culture du narrateur. Il est partagé entre sa croyance en la dissuasion nucléaire et l’effroi des conséquences du largage d’une bombe atomique.

Le médecin étant officier il se trouve principalement avec ses semblables, officiers et des sous-officiers. Il nous décrit la majorité d’entre eux.

Verdoux et Verdelet sont, par exemple, deux jeunes énarques accomplissant leur service militaire. Avec une grande imagination, ils imaginent de multiples farces à l’encontre des uns et des autres mais permettent surtout de préserver une bonne humeur nécessaire à la vie d’un équipage enfermé dans un sous-marin pendant plus de deux mois. Le docteur distingue d’ailleurs le pacha (Rousselet), son second, les deux jeunes appelés et lui-même comme les principaux officiers animant la vie à bord.

Le second du commandant (Picard) est l’homme qui sait tout avant tout le monde grâce au téléphone arabe et qui a une façon bien à lui de disparaître sitôt une conversation finie. Le médecin retrouve quotidiennement le pacha en fin d’après-midi pour échanger quelques mots autour d’un thé, le commandant étant, selon le toubib, un buveur de thé confirmé car ne buvant qu’à température acceptable et ne mangeant pas biscuits et thé.

Le docteur est secondé à l’infirmerie du bord par deux hommes, Le Guillou, autoritaire et soucieux de préserver ses prérogatives, et Morvan, grand dormeur et peu bavard. Tout au long du récit, le narrateur décrit ses relations avec son second, rapports qui, d’abord distants, se resserrent ensuite, notamment avec l’opération chirurgicale réussie pour enlever l’appendicite d’un jeune mousse. Le docteur s’efforce d’ailleurs de jouer un rôle social majeur à bord du SNLE : il salue chaque marin qu’il croise et s’enquiert de sa forme et de son état mental. Il se considère comme un éléphant curieux ; en effet, il pose toutes les questions qui lui viennent à l’esprit à chaque membre de l’équipage sur son rôle à bord, les différentes machines…n’hésitant pas à ennuyer ses interlocuteurs avec ses interrogations mais essayant de comprendre les détails très techniques gagnés auprès des spécialistes de la Marine qu’il côtoie. Il remarque à l’occasion que chacun se considère comme réalisant une fonction vitale au sein de cette grande famille et que les hommes vont jusqu’à se confondre avec leur mission.

Au retour, alors que le Jason fait surface, le médecin retrouve avec bonheur le ciel, ses nuages, ses étoiles…

 

Citation : « après trente ans, on a tendance à s’enfermer dans son métier, et à vivre les yeux fermés dans un monde inconnu sans faire d’effort pour le connaître, sans rien non plus remettre en cause, en soi et en dehors de soi »

Mon avis :

Robert Merle arrive, une fois de plus, à nous embarquer dans son roman. Les pages défilent rapidement, les descriptions sont précises et habiles, les personnages attachants.
Je regrette personnellement certaines longueurs psychologiques, notamment lorsque le narrateur fait état de ses souffrances ou de ses cauchemars mais ces errements sont infimes par rapport à l'ensemble de l'ouvrage.

Ma note :

16/20

Vous avez aimé ? Essayez aussi :

Du même auteur : La mort est mon métier ; Malevil ; Les hommes protégés
 

Par Olivier G.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus