Robert MERLE, Le jour ne se lève pas pour nous

Publié le par Olivier G.

  Robert MERLE, Le jour ne se lève pas pour nous, Livre de Poche, Editions de Fallois, 1990, 273 pages

 

L’Auteur :

Robert Merle (1908-2004) : né à Tebessa (Algérie), il fait ses études à Paris, au lycée Louis Le Grand. Prisonnier pendant la Seconde Guerre Mondiale de 1939 à 1943, il devient maître de conférence en anglais en 1944 à l’université de Rennes puis professeur. Il sera ensuite en poste dans différentes facultés françaises, notamment Nanterre en 1968.

Auteur de traductions, il se fait connaître en 1949 avec Week-end à Zuydcoote récompensé par le prix Goncourt. Il publiera entre autre La mort est mon métier (1952), l’Ile (1962), Malevil (1972), les Hommes protégés (1974) et la grande série historique Fortune de France.

 

L’ouvrage :

 

Le jour ne se lève pas pour nous est un « docu-fiction », i.e. il décrit une réalité à travers des personnages et une aventure fictifs. Ce roman narre la vie des hommes d’équipage d’un Sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE), le « Jason » durant une campagne de 65 jours. L’histoire se situe au début des années 1980 (Laurent Fabius est en passe de devenir Premier ministre).

Le personnage principal est aussi le narrateur du récit, il s’agit du médecin du bord, un homme de trente et un ans, amoureux d’une femme d’une vingtaine d’année nommée Sophie, sa description constitue l’amorce du roman. Au contraire du narrateur, elle vient d’une famille aisée ce qui rend les relations difficiles entre eux, notamment du fait de la belle-mère. Comme annoncé au début de l’ouvrage, cette histoire est destinée à Sophie dont les liens avec le narrateur vont se distendre peu à peu au fur et à mesure du déroulement de la mission à bord du Jason et, par la même, du récit jusqu’à ce que le médecin remplace son nom par « lectrice », plus anonyme. Sophie, inscrite en tant que fiancé par le narrateur auprès de la Marine pour qu’elle puisse lui envoyer des messages, ne daignera lui écrire qu’une seule fois en tout début de mission. Les sentiments du médecin sont détaillés au fur et à mesure des pages, il exprime sa détresse de ne pas recevoir de familigramme (nom donné au message envoyé par les familles aux marins des SNLE auquel le narrateur se dit opposé à la fin de la mission) de la par de celle qu’il aime (qu’il croit aimer).

Les descriptions sont nombreuses, elles concernent principalement les personnages, le médecin ayant des talents de psychologie puisqu’il analyse les comportements de chacun, mais aussi la vie à bord que ce soit les caractéristiques du sous-marin, les règles, principalement tacites, qui régissent les comportements de chacun ou encore le train-train quotidien, notamment les habitudes de chacun, les surnoms des différents grades et les traditions établies (ex : le repas en uniforme présidé par le pacha du dimanche midi ou encore l’honneur de se voir accorder une baguette sortant du four par le boulanger du bord).

Le toubib s’intéresse au vocabulaire employé par les marins (« embarquer sur la patte de l’encre »,i.e. embarquer à la dernière minute), lui qui n’a qu’une courte expérience sur un sous-marin d’attaque, est semble plus médecin que marin.

Chaque personnage rencontré par le narrateur est l’objet d’une description précise plus psychologique que physique.

Le récit est marqué par l’humour, principalement les descriptions des farces des uns et des autres et il se veut le récit le plus réel possible, c’est pourquoi le narrateur se répète au fur et à mesure du livre, livre ses états d’âme ou encore rapporte le plus exactement possible les nombreux propos qu’il échange avec les différents membres de l’équipage. A noter que la narration est subjective, souvent à l’avantage du narrateur qui se veut plus solide que les autres (on lit plus les défaillances mentales des autres marins que les siennes même s’il se reconnaît parfois des excès de faiblesse comme l’envie d’ouvrir une fenêtre, le manque de femme à ses côtés ou encore des cauchemars), dont le comportement est rarement [auto-]critiqué. De nombreuses allusions à des ouvrages sont faîtes (ex : Vingt mille lieus sous les mers de Jules Verne : comparaison du Nautilus avec le Jason) et montrent la culture du narrateur. Il est partagé entre sa croyance en la dissuasion nucléaire et l’effroi des conséquences du largage d’une bombe atomique.

Le médecin étant officier il se trouve principalement avec ses semblables, officiers et des sous-officiers. Il nous décrit la majorité d’entre eux.

Verdoux et Verdelet sont, par exemple, deux jeunes énarques accomplissant leur service militaire. Avec une grande imagination, ils imaginent de multiples farces à l’encontre des uns et des autres mais permettent surtout de préserver une bonne humeur nécessaire à la vie d’un équipage enfermé dans un sous-marin pendant plus de deux mois. Le docteur distingue d’ailleurs le pacha (Rousselet), son second, les deux jeunes appelés et lui-même comme les principaux officiers animant la vie à bord.

Le second du commandant (Picard) est l’homme qui sait tout avant tout le monde grâce au téléphone arabe et qui a une façon bien à lui de disparaître sitôt une conversation finie. Le médecin retrouve quotidiennement le pacha en fin d’après-midi pour échanger quelques mots autour d’un thé, le commandant étant, selon le toubib, un buveur de thé confirmé car ne buvant qu’à température acceptable et ne mangeant pas biscuits et thé.

Le docteur est secondé à l’infirmerie du bord par deux hommes, Le Guillou, autoritaire et soucieux de préserver ses prérogatives, et Morvan, grand dormeur et peu bavard. Tout au long du récit, le narrateur décrit ses relations avec son second, rapports qui, d’abord distants, se resserrent ensuite, notamment avec l’opération chirurgicale réussie pour enlever l’appendicite d’un jeune mousse. Le docteur s’efforce d’ailleurs de jouer un rôle social majeur à bord du SNLE : il salue chaque marin qu’il croise et s’enquiert de sa forme et de son état mental. Il se considère comme un éléphant curieux ; en effet, il pose toutes les questions qui lui viennent à l’esprit à chaque membre de l’équipage sur son rôle à bord, les différentes machines…n’hésitant pas à ennuyer ses interlocuteurs avec ses interrogations mais essayant de comprendre les détails très techniques gagnés auprès des spécialistes de la Marine qu’il côtoie. Il remarque à l’occasion que chacun se considère comme réalisant une fonction vitale au sein de cette grande famille et que les hommes vont jusqu’à se confondre avec leur mission.

Au retour, alors que le Jason fait surface, le médecin retrouve avec bonheur le ciel, ses nuages, ses étoiles…

 

Citation : « après trente ans, on a tendance à s’enfermer dans son métier, et à vivre les yeux fermés dans un monde inconnu sans faire d’effort pour le connaître, sans rien non plus remettre en cause, en soi et en dehors de soi »

Mon avis :

Robert Merle arrive, une fois de plus, à nous embarquer dans son roman. Les pages défilent rapidement, les descriptions sont précises et habiles, les personnages attachants.
Je regrette personnellement certaines longueurs psychologiques, notamment lorsque le narrateur fait état de ses souffrances ou de ses cauchemars mais ces errements sont infimes par rapport à l'ensemble de l'ouvrage.

Ma note :

16/20

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