Vendredi 29 août 5 29 /08 /Août 23:18

Victor HUGO, Le dernier jour d’un condamné, Pocket, 1829, 88 pages

 
L’Auteur :

 

Victor HUGO est né en 1802 à Besançon. Poète précoce, il s’intéresse tout d’abord aux mathématiques et suit des études dans cette matière au lycée Louis le Grand à Paris mais s’en détourne rapidement pour épouser une carrière littéraire. Après avoir créé un journal à 17 ans avec ses frères, il publie ses premiers poèmes à 19 ans. Il éclot en 1827 avec la pièce de théâtre Cromwell et crée la polémique avec Hernani en s’émancipant des contraintes d’écriture de l’époque (unités de temps et de lieu). Outre ses nombreux écrits, Victor HUGO s’est engagé en politique. D’abord monarchiste, il devient partisan de la démocratie, ses opinions sur les questions sociales sont très avancées pour l’époque. Député conservateur en 1848, il s’exile après le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Revenu en France, après la défaite de celui-ci, il décède en 1885. Ses funérailles sont nationales et suivies par des millions de personnes. Victor HUGO a écrit des pièces de théâtre (Ruy Blas, 1838…), des romans (Notre-Dame de Paris, 1831 ; Les Misérables 1862…) ou encore des poésies (Odes et ballades, 1826 ; Les Contemplations, 1856…).

 

L’Ouvrage :

 

            Le dernier jour d’un condamné constitue une arme puissante dans les mains des partisans de l’abolition de la peine de mort dont a fait partie le célèbre écrivain français. Il n’a pas été écrit par hasard, il est le fruit de l’expérience personnelle de Victor HUGO. Ce dernier est marqué par diverses applications de sentences judiciaires. Tout d’abord, il est choqué par le marquage au fer rouge d’une femme accusée du vol d’un mouchoir, puis il assiste à des préparatifs d’exécution voire à des exécutions proprement dites qui lui glacent le sang. Ce livre se veut l’expression de tous ces sentiments.

            Rédigé à la première personne du singulier, il raconte les derniers jours d’un condamné à mort, attendant son exécution. Il s’agit d’un très jeune homme, cultivé, d’origine bourgeoise, père d’une petite fille de trois ans. Coupable d’un meurtre dont aucun détail ne sera donné, il attend dans une prison parisienne le jour de son exécution. Son procès n’a pas duré, les jurés l’ont condamné à la décapitation ; ce qu’il souhaitait alors plus que les galères. Cependant, avec les jours qui défilent, les six semaines entre la fin du procès et l’exécution passant rapidement, son avis évolue. Toujours dans l’espoir d’une grâce royale, il ne veut pas mourir. Au départ considéré comme un détenu exceptionnel auquel il ne faut que rien n’arrive avant la mort légale, ses gardiens se relâchent peu à peu, il se libère de sa camisole, se promène avec les autres détenus et obtient de quoi écrire ; feuille et crayons avec lesquels il relate son supplice mental, cette attente insupportable d’une fin qui n’arrive que trop vite. Cette souffrance psychologique est, selon lui, trop ignorée des jurés qui condamnent à mort et qui ne voient les exécutés que comme des animaux écervelés menés à l’abattoir pour la juste cause. Ces jurés ignorent tout ce qu’il va perdre : la vision des arbres, du soleil, la sensation du vent…

Le condamné sait qu’il va laisser trois femmes seules, une mère et une épouse pour lesquelles il ne se fait guère de soucis car semblant peu attaché à celles-ci, et surtout une petite fille, sa petite fille, âgée de trois ans. Il imagine les moqueries des autres enfants, les difficultés qu’elle aura en grandissant courbée sous le poids d’un nom de criminel. Il accepte sa condamnation mais réfute celles de ces trois innocentes.

Un jour alors qu’il observe, depuis une cellule individuelle, les forçats en route pour les galères de Toulon, il est violemment pris à partie, depuis l’extérieur, par les autres détenus avides de sang comme l’est la population. Les cris de « condamné à mort » le font paniquer et il s’évanouit. Après plusieurs jours de soin, signe que l’Etat souhaite le tuer en bonne santé, il réintègre sa cellule. La pensée de sa mort prochaine le hante, il s’imagine sans cesse la vie post-mortem mais se remémore également les souvenirs de son enfance joyeuse, des temps où il était encore libre et insouciant. Il se demande également s’il pourra s’échapper avant l’heure fatidique, il le faut !

            La date de son exécution lui est annoncée le matin même, une dizaine d’heures avant que la guillotine ne soit actionnée et ne le sectionne. Un prêtre vient le voir, clerc qu’il n’écoute pas tant son discours est formaté et n’a déjà que trop servi avant lui. Transféré dans une autre prison, il rencontre le prochain condamné à mort, celui qui fera le même chemin six semaines plus tard, un fou qui s’amuse de savoir sa propre tête bientôt tranchée.

            Les six dernières heures du condamné sont racontées dans le détail. Pensant alternativement à sa petite fille et à une grâce de plus en plus improbable, il attend dans son cachot que le bourreau vienne le chercher. C’est d’abord la visite de son enfant qu’il reçoit ; enfant qu’il n’a pas vue depuis près de six mois, qui ne le reconnaît pas et qui repart insouciante. Le curé est toujours auprès de lui, la critique à son encontre est féroce, il ne sert à rien et ne voit dans le condamné qu’un gibet de potence comme un autre.

Le condamné pense à ceux qui l’ont succédé sur la guillotine depuis la Révolution, Louis XVI et Robespierre en particulier. Il se souvient de l’hideuse place de la Grève où est dressée la guillotine, devant l’hôtel de ville parisienne si lugubre.

            Après quelques cauchemars qui ont permis d’accélérer les dernières heures d’insupportable attente, les bourreaux lui coupent les cheveux, guillotineurs qu’il trouve doux voire sympathiques, soigneux dans leur atroce besogne. Il entend, de plus en plus, la foule qui se presse pour assister au macabre spectacle, populace égoïste et buveuse de sang, toujours en quête d’émotions ! Ces gens qui se réjouissent de son malheur prochain, qui rient à son passage, qui semblent plaindre son jeune âge mais n’attendent qu’une chose : voir sa tête tomber !

            Arriver sur l’échafaud, il se jette à genoux devant le magistrat présent et lui réclame grâce, réclame au minimum de pouvoir écrire ses dernières sensations. Le bourreau souhaite accélérer la macabre cérémonie, il veut respecter l’heure, il a peur que la machine ne se rouille sous la bruine…Les derniers sentiments du condamné sont flous, sa dernière phrase, « QUATRE HEURES », l’heure de son exécution, montre toute sa terreur !

Mon avis :

            Cet ouvrage est une véritable tribune contre la peine de mort ! Pour les abolitionnistes convaincus, il ne peut que les conforter dans leur idée. Pour ceux dont l'opinion n'est pas bien arrêtée, il les mènera certainement dans le camp des premiers. Enfin, pour les partisans de ce châtiment, Le Dernier jour d'un condamné est un outil de réflexion exceptionnel et ne peut qu'entrouvrir la porte à certains doutes quant à leur conception de la justice, certainement plus proche de la vengeance ! 
            Sans renier la responsabilité des condamnés, Victor HUGO souhaite démontrer la cruauté du meurtre légal. Il utilise pour cela plusieurs arguments toujours d'actualité surtout dans les pays non abolitionnistes. D'une part, il insiste sur la souffrance mentale infligée aux condamnés dans l'attente de leur exécution. Cette douleur est aujourd'hui considérée comme une forme de torture par de nombreuses organisations non gouvernementales oeuvrant pour l'abolition de la peine de mort mais aussi par les Etats européens. D'autre part, il rappelle que la proche famille du détenu est elle aussi touchée alors qu'elle est innocente. De plus, il évoque, implicitement, l'inefficacité de la méthode puisque les têtes à trancher se succèdent, les crimes continuent donc. En décrivant le successeur du condamné, un fou qui a commencé à voler à dix ans, HUGO insiste sur les lacunes éducatives qui mènent droit à l'échafaud. Enfin, l'écrivain relate avec mépris la soif de sang des foules pour qui les exécutions sont plus des spectacles que des exemples. Il est, une fois encore visionnaire, puisque les exécutions publiques seront abolies en 1939 après un comportement indécent de certains spectateurs lors d'une utilisation de la guillotine.
A lire absolument !

Ma note :

18/20

Par Olivier
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